Les buveurs de lumière

Jenni Fagan, Métailié - traduit de l'anglais (Ecosse)

Londres, 2020. La mère et la grand-mère de Dylan sont décédées toutes les deux en un court laps de temps. Pour seul héritage: leurs cendres et les clés d'une caravane en Ecosse.

Dylan, colosse tatoué, se rend donc à Clachan Fells, au nord de l'Ecosse, pour découvrir son bien, une petite caravane sise dans un parc de caravanes". Il rencontre ses voisins: parmi eux, Stella, une jeune fille de 12 ans très futée, qui a cependant bien des ennuis avec les autres à l'école, et sa mère, Constance, féministe bricoleuse.

Et puis autour d'eux et dans le reste du monde, les températures chutent, la neige tombe sans relâche, la glace recouvre les paysages, la mer du Nord est gelée, un iceberg s'approche des côtes... : une ère glaciaire vient de débuter. Est-la fin du monde?

Ce roman est de toute beauté: entre les paysages que l'on peut imaginer splendides (un parhélie, notamment) et les personnages emplis de belles complexités, on sort ravis de cette lecture.


La salle de bal

Anna Hope chez Gallimard - traduit de l'anglais (Royaume-Uni)

Ella ne comprend pas ce qui lui arrive quand elle est enfermée de force à l'asile de Sharston après avoir lancé une chaise à travers la fenêtre de l'usine dans laquelle elle travaillait. Son désir de liberté la pousse à tenter de s'enfuir pour échapper à son destin. Ella croise alors le regard de John, patient de l'asile, condamné à creuser des tombes à longueur de journée. Fasciné par la beauté et la soif de liberté de la demoiselle, John voudra la rencontrer. Mais comment faire dans un asile où la séparation des sexes prévaut ? La solution va venir de Charles, médecin en charge de leur sort, qui arrive à l'asile avec l'ambition de calmer les âmes perdues grâce à la musique. Il lui vient l'idée d'autoriser la tenue d'un bal où les hommes et les femmes de bonne conduite pourraient se retrouver pour danser.

D'une écriture fine et tourbillonnante, Anna Hope nous embarque dans une valse à trois temps où chaque protagoniste n'aura de cesse d'influencer le destin de l'autre. Cette histoire prend place dans un contexte historique méconnu, au début des années 1900, quand eut lieu un débat sur l'eugénisme souhaitant d'un côté séparer les patients internés et de l'autre, les stériliser, tout cela dans le but d'éviter la dégénérescence du peuple anglais... 

Une histoire profondément humaine dans un monde où le pas de côté n'est pas toléré, nous rappellant que la folie n'est pas forcément là où on l'attend.

Lu par Julie


Vera

Karl Geary chez Rivages - traduit de l'anglais (Irlande)

Sonny, adolescent dublinois, travaille dans une boucherie après les cours, puis s'en retourne à la maison, un petit taudis de banlieue plus que modeste, auprès de sa mère, des frères et du père avachi dans son fauteuil. Certaines fins de semaine, quand il ne se saoule pas dans les rues de la capitale en solitaire ou ne fume pas des clopes avec Sharon, Sonny aide son paternel sur des chantiers. C'est ainsi qu'il rencontre la bourgeoise Vera, une femme plus âgée, belle, solitaire, aux yeux toujours un peu dans le vague.

Sonny, ce voleur de misère en échec scolaire, est touché, fasciné. Vera devient une obsession dans son quotidien, et la nécessité de la revoir entraîne le jeune homme vers l'audace. La relation qui s'ébauche entre les protagonistes, aussi fugace soit-elle, est d'une tendresse réconfortante, d'une sensibilité émouvante, s'en tenant à l'essentiel, sans fioritures. C'est là tout l'art de ces pages. Que, bien sûr, on vous recommande grandement!

Lu par Anne


Nitro Moutain

Lee Clay Johnnson chez Fayard - traduit de l'anglais (US)

Vous rencontrerez Jones, un musicien bluegrass qui se produit dans des bars glauques. Vous croiserez Leon, un jeune homme paumé qui ne se remet pas d'une rupture amoureuse. Vous ferez connaissance avec Jennifer, torturée et bouleversante. Et il vaudrait mieux ne pas vous attarder avec Arnett, un truand sociopathe aussi terrifiant que fascinant. Alors, quand un ex-flic, cinglé de la gachette, décide de mettre de l'ordre dans ce petit monde, c'est que les choses ont déjà tourné à l'aigre.

Nitro Mountain est une plongée âpre, rude, dans une petite ville perdue de l'est des Etats-Unis où évoluent des personnages alcoolisés sur fond de musique country.

Percutant !

Lu par Valérie, bibliothécaire à Fourons


Underground Railroad

Colson Whitehead, Albin Michel - traduit de l'anglais (US)

Cora, comme sa grand-mère et sa mère avant, est esclave sur une plantation de coton en Géorgie. Lorsque Caesar lui propose de fuir, Cora accepte de le suivre, au péril de sa vie, pour échapper à un quotidien de toute façon abominable.

C'est la peur au ventre que les protagonistes vont tenter de rejoindre les Etats libres du Nord, via le réseau clandestin d'aide aux esclaves. Une "voie de chemin de fer souterraine" que l'auteur matérialise dans son roman.

La fuite de Cora à travers la Caroline du Sud, le Tennessee et l'Indiana sera pleine de rebondissements, d'angoisses (l'ombre de Ridgeway, impitoyable chasseur d'esclave, plane...), d'horreurs, de rencontres (mal)heureuses, d'apprentissages et de prises de conscience.

Des prises de conscience, en effet, car Cora, qui découvre le monde et apprend à lire, développe sa réflexion sur la justice des hommes et celle de Dieu, s'interroge sur la notion de Liberté.

Ce roman est, pour reprendre les mots du New York Times, "une histoire essentielle pour comprendre les Américains d'hier et d'aujourd'hui." Une oeuvre politique aujourd'hui plus que jamais nécessaire!

Recommandé par Anne


Les fantômes du vieux pays

Nathan Hill, Gallimard - traduit de l'anglais (US)

Scènes d'ouverture: alors qu'il marche dans un parc de Chicago à la rencontre de ses potentiels électeurs, le gouverneur Packer est agressé à coups de cailloux par une dame d'âge mûr. Filmé puis retransmis sur tous les écrans de télévision, cet acte se transforme en buzz et la dame, Faye Andresen-Anderson, devient la célèbre "Calamity Packer".

De son côté, Samuel, professeur d'université à Chicago sans prétention, est trop absorbé par son jeu en ligne pour avoir entendu parler de la nouvelle. Pourtant, cette "Calamity Packer", c'est sa mère, qui l'a abandonné lorsqu'il avait onze ans.

L'auteur entreprend ensuite des allers-retours entre le passé et le présent de Faye et Samuel, autour desquels gravite une panoplie de personnages. Le tout compose un portrait peu reluisant des Etats-Unis des années soixante à aujourd'hui: progressistes, conservateurs, combats féministes, machisme, l'armée, la police, le système universitaire, les addictions, l'esprit de vengeance, la cupidité,... tout est là, dans ces 700 pages que l'on dévore, vraiment.

Un premier roman intelligent, captivant et absolument réjouissant!!!

Lu par Anne


Brandebourg

Julie Zeh chez Actes Sud - traduit de l'allemand

Un petit village perdu du Brandebourg, un parc éolien en projet, un homme mort dans un accident de voitures, un autre victime d'une agression, une fille manipulatrice, deux autres hommes qui se détestent, un suicidé dont la femme a disparu et une certaine Hilde qui a perdu ses chats !!! Brandebourg offre dans cette fresque villageoise du rire et de l'effroi et peut se définir comme un thriller rural qui renouvelle le roman du  terroir...

De la dynamite !!!

Lu par Solange


Mischling

Affinity K chez Actes Sud - traduit de l'anglais (US)

Pearl et Stasha ont douze ans et sont jumelles. Mais pour les nazis, ces deux jeunes filles ordinaires ont une particularité : ce sont des mischlinge, des sang-mêlé. A leur descente de wagon, lorsqu'elles sont transférées à Auschwitz, en 44, les soeurs sont immédiatement repérées par un garde. Ce dernier les conduit à un homme en blouse blanche, un homme attentionné, souriant, au regard amical. Il distribue des bonbons et demande à se faire appeler "oncle". Elles ne tarderont pas à découvrir que ce médecin est Josef Mengele et qu'il est un monstre capable des pires atrocités.

Vous pourrez compléter la lecture de Mischling par celle de La disparition de Josef Mengele (Grasset), dont vous pouvez lire la chronique dans l'onglet "Rentrée Francophone".

Lu par Solange


Je m'appelle Lucy Barton

Elizabeth Strout, Fayard - traduit de l'anglais (US)

Alors qu'elle est hospitalisée dans un hôpital new-yorkais, Lucy reçoit la visite de sa mère, qu'elle n'a plus vue depuis des années. Entre les phases de sommeil, Lucy profite de cette promiscuité avec elle pour la questionner et discuter. ensemble, elles évoquent les souvenirs passés: la pauvreté, les problèmes familiaux, les gens du village, .... Nous découvrons ainsi le parcours d'une femme, de l'enfance à l'âge adulte, et la relation compliquée qui la lie à sa mère.

Ce roman est magnifique, dans son écriture (l'auteure a reçu le Prix Pulitzer pour Olive Kitteridge), son analyse psychologique des personnages, sa manière de nous faire prendre consciences des choses essentielles. Des passages que l'on souligne, et l'envie de recommander cette lecture. Lucy Barton est éblouissante.

Lu par Anne et Camille

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