Rentrée littéraire 2019

Les guerres intérieures

Valérie Tong Cuong, éditions Lattès

Ce jour-là, Pax Monnier a un rendez-vous professionnel d'une importance capitale. Prêt à quitter son appartement, il entend des bruits suspects à l'étage. Doit-il intervenir? Il n'a pas le temps, et c'est son avenir qui est en jeu! Il ne s'immiscera donc pas dans la vie des autres ce jour-là. Mais quand le comédien rentre chez lui, il apprend qu'un étudiant a été sauvagement agressé. Cette scène d'ouverture va entrainer dans la vie de Pax des conséquences en forme de dominos, allant jusqu'à le poursuivre dans ses relations sentimentales...
Dans ce roman d'une densité à la fois sombre et lumineuse, Valérie Tong Cuong explore l'âme humaine dans toute sa complexité, comme elle sait si bien le faire. Ici, elle s'attache particulièrement à décrypter les "lâchetés ordinaires", auxquelles nous sommes tous un jour confrontés.
Nous recevrons Valérie le dimanche 29 septembre lors de notre petit-déjeuner littéraire.
 
Lu par Béatrice et Pierre
 


Rien n'est noir

Claire Berest, éditions Stock

A 20 ans, Frida Kahlo décide que Diego Rivera, le plus grand peintre mexicain de l'époque, sera son mari, son homme, son amant. Vous avez bien lu : elle le décide, donc ce sera ! Et ce sera dans la passion, dans la dévoration de l'un par l'autre et dans la souffrance de l'un pour l'autre ou de l'un à cause de l'autre.

C'est cette passion folle que Claire Berest nous raconte dans un texte qui oscille entre roman et biographie romancée. Nous aurions déjà souhaité la visite de Claire sur nos terres pour son remarquable précédent roman Gabrielle (écrit à quatre mains avec sa soeur Anne). C'est ainsi avec un immense plaisir que nous accueillerons Claire Berest le jeudi 24 octobre pour une soirée consacrée à l'oeuvre de ces deux grands peintres, à leur amour fou et à Rien n'est noir, ce roman qui s'imposera comme un des tout bons livres de la rentrée.

"Parce que j'ai été victime de deux horribles accidents dans ma vie, Diego, le premier c'est le tramway, l'autre c'est quand je t'ai rencontré."

Lu par Béatrice et Pierre

 


Une joie féroce

Sorj Chalandon chez Grasset

Souvenez-vous : Mon traître - Le quatrième mur - Profession du père - Le jour d'avant. Avec Une joie féroce, Sorj Chalandon paraît écrire un roman tout à fait différent des précédents. Eh bien non ! L'écrivain demeure "reporter de guerre". Mais cette fois, le champ de bataille est celui de la maladie. Les quatre héroïnes de son roman sont en guerre contre le cancer. De vraies combattantes au corps meurtri et au coeur blessé. La narratrice, Jeanne, est libraire. C'est une femme douce et discrète à qui trois drôles de dames lumineuses insufflent une force nouvelle.

Sorj Chalandon nous dit que l'écriture sonde les blessures, mais ne les cautérise pas. Il écrit pour partager ses doutes, ses joies, ses peines avec ses lecteurs. Eh bien, nous souhaitons vraiment que vous partagiez cette lecture avec nous !

Lu par Béatrice

 


Mur Méditerranée

Louis-Philippe Dalembert, éditions Sabine Wespieser

Trois femmes montent sur un bateau. Il doit les emmener de l'autre côté de la Méditerranée, cette mer devenue tombeau de milliers d'humains.
Il y a Chochana, une Nigériane, Semhar, une Érythréenne et Dima, une Syrienne accompagnée de son époux et de ses deux filles. Trois femmes de teint, de condition sociale et de confession différentes. Trois femmes qui, parce que leur pays ne leur offrait plus aucun avenir, ont préféré courir le risque de le quitter. Quitter une famille, quitter des racines, au péril de leur corps et de leur dignité. 
Si certains doutent encore aujourd'hui de la nécessité d'aider ces femmes, ces hommes, ces enfants qui arrivent chez nous, qu'ils lisent ce texte, qui retrace le parcours de trois âmes qui ne demandaient qu'à s'épanouir sur leurs terres, mais qui en ont été empêchées par un gouvernement, une guerre, la sécheresse. Victimes collatérales, elles se verront ballotées de bus en camion dans des conditions épouvantables par des passeurs violents, racistes, assoiffés d'argent et de pouvoir. A cause d'eux, et du racisme omniprésent même entre ceux qui fuient, ce roman fait quelque peu perdre foi en l'humanité, disons le. Heureusement il y a toujours de bonnes âmes sur les routes. Trop peu, probablement.
 
Nos trois héroïnes embarquent donc ensemble sur ce navire, celui qui fit naufrage au large de Lampedusa en 2014. Quel sort le Ciel va leur réserver? Les prières seront-elles suffisantes?
Cette fresque de l'exil est absolument captivante, nous retourne de bout en bout, nous montre toutes les facettes de l'exode forcé, nous ouvre les yeux sur la réalité de terrain. C'est un roman sublime et indispensable.
 
Lu par Anne
 
 

 


Une bête au paradis

Cécile Coulon à l'Iconoclaste

Blanche et son frère se sont retrouvés avec leur seule grand-mère pour gérer la ferme après l'accident de leurs parents. Bientôt Louis les rejoint. Battu par son père et confronté à une mère incapable de le défendre, il se réfugie à la ferme et en devient le commis. Elevé avec la fratrie par la grand-mère, Louis grandira heureux dans le travail, heureux d'être proche de Blanche dont il est amoureux. Mais voilà, l'amour n'est pas réciproque. Blanche pourrait être amoureuse de Louis si elle ne l'était d'un autre : Alexandre. Sans jamais être brillant, Alexandre finit ses études dans le gros du peloton. Cela suffit pour ébahir ses parents, eux qui ont toujours été plus mauvais que les autres... Blanche et Alexandre apprennent tout de l'amour ensemble sous les yeux d'un Louis pétrifié. Et puis la vie fait son oeuvre, elle sépare même les couples réputés les plus indissolubles. A Blanche et Louis de vivre dans le regret de leurs rêves inassouvis. Jusqu'à ce que...

La ferme s'appelle la ferme du Paradis. Un nom trompeur pour ce très beau texte, véritable opéra rural !

Lu par Pierre


Rhapsodie des oubliés

Sofia Aouine, éditions de La Martinière

Abad, treize ans, erre dans les rues de la Goutte-d'Or, un quartier populaire de Paris. Observant les prostituées trop maquillées et les frères musulmans de plus en plus extrémistes, il se fait la promesse de sortir de ce trou à rats dès qu'il le pourra. En attendant, la branlette et les copains sont ses seules échappatoires, jusqu'à ce qu'un malentendu mette sur son chemin une  vieille psychanalyste, Ethel, qui pourrait bien changer un peu son destin.
 
Abad, c'est le gamin qu'on croise dans le métro, ce petit mec aux allures de voyou qui cache un cœur d'or prêt à embrasser toutes les promesses d'avenir meilleur... et les lèvres de Gervaise, son amie prostituée, ou celles de la mystérieuse fille d'en face.

Abad, c'est le Momo de La vie devant soi de Romain Gary, dans sa version contemporaine, c'est un représentant de ces millions de personnes dont on préfère ne pas s'occuper, entassées dans des quartiers qu'on préfère éviter. Et son quotidien, son histoire, il nous le raconte merveilleusement bien, sur le ton franc et badin d'un ado au langage argotique plein de saveurs.
 
Lu par Anne
 


L'île du dernier homme

Bruno de Cessole chez Albin Michel

Deux personnages hors du commun dans ce roman de Bruno de Cessole. François de Saint-Réal est journaliste. Il s'intéresse aux djihadistes français ou belges et aux raisons qui les conduisent la plupart du temps à la mort. Des banlieues françaises au champ de bataille de Alep, il fait jouer ses réseaux et enquête. Une grosse maladresse de sa part conduira les services d'espionnage français et anglais à s'intéresser à lui de très près. C'est là qu'intervient Déborah, enquêtrice au MI5 anglais. Elle est chargée de mettre le journaliste sur écoute, de suivre ces mouvements en piratant ordinateur et GSM afin de prouver que François de Saint-Réal fait partie des réseaux terroristes qui menacent l'Europe.

L'île du dernier homme est un roman fabuleux, inlachable et d'une troublante actualité. Il est aussi une réflexion sur le cynisme de nos sociétés.

Ce roman s'est imposé à nous comme s'étaient imposés les livres de Pierre Lemaître. Nous lui souhaitons le même succès !

Dévoré par Pierre

 


Assassins!

Jean-Paul Delfino, éditions Héloïse d'Ormesson

Nous sommes en 1902. Ce soir-là, quand Emile Zola se met au lit, il se sent nauséeux. Ses pensées vagabondent au gré de ses souvenirs de jeunesse et de ses succès littéraires, de ses humiliations et de ses fiertés. A ses côtés, son épouse est également mal en point.

Au même instant, le Paris antisémite fomente une revanche contre ce Zola qui a jadis défendu Dreyfus et a ainsi scindé la France en deux. Il est plus que temps, aux yeux des anti dreyfusards, d'enfin rendre "La France aux Français" et de se débarrasser, dans le même temps, de leurs adversaires.

Ainsi plonge-t-on dans une époque de haine virulente à l'égard des étrangers, en même temps que nous découvrons l'homme qui se cache derrière l'auteur des Rougon-Macquart. Jean-Paul Delfino nous livre un roman documenté dans une langue travaillée et fluide qui nous donne très envie de (re)découvrir l'oeuvre de Zola!

Lu par Anne

 


Le coeur battant du monde

Sébastien Spitzer chez Albin Michel

L'auteur de "Ces rêves qu'on piétine" (merveille) continue de faire parler les oubliés de l'histoire. Dans son deuxième roman, il met ainsi en lumière la vie du fils caché de Karl Marx. Car oui, ce dernier avait engrossé sa bonne, qui ne souhaitait absolument pas mettre au monde l'enfant d'une relation extra conjugale. Il fut donc décidé de l'éliminer avant son premier cri... C'était sans compter sur le médecin humaniste chargé de cette mission qui, au même moment, soignait Charlotte, une jeune dame qui venait de perdre l'enfant qu'elle portait, et qui accepta d'élever le petit Freddy.
Nous sommes en 1860 à Londres, sur fond de révolte sociale, de crise économique et de misère, pendant que le coton arrive en Angleterre depuis les Etats Unis ravagés par la guerre de Sécession. Marx rédige des articles, Engels l'entretient financièrement, lui et sa famille... et à quelques rues de là, Freddy découvre l'injustice du monde...
 
Un roman prenant, dans lequel nous en apprenons beaucoup sur le tempérament de Marx, personnage rempli de contradictions, sur le riche Engels et sur cette époque difficile qui tend vers l'industrialisation.
 
Lu par Anne
 
 

Vaincre à Rome

Sylvain Coher chez Actes Sud

Jeux olympiques de Rome, 1960. Au départ du marathon, derrière les favoris, se cache une frêle silhouette noire vêtue du survêtement vert et rouge de l'Ethiopie. Cet homme s'est débarrassé de ses chaussures, plus à l'aise pieds nus, comme lorsqu'il court sur les hauts plateaux abyssins. C'est Abebe Bikila.
 
Nous lisons ce roman comme nous courons un marathon, au rythme des kilomètres et des foulées, ici celles de notre homme pieds nus, qui gagnera (comme il l'a prédit) la course légendaire en 2 heures, 15 minutes et 16 secondes, battant ainsi l'ancien record du monde.
Or, vaincre en terre italienne, pour un Éthiopien, est une revanche sur l'histoire: plus de vingt ans après la prise d’Addis-Abeba par Mussolini, en pleine période de décolonisation et de démembrement des empires européens, “Vaincre à Rome, c'est comme vaincre mille fois”, a dit Hailé Sélassié. Ce jeune Africain qui remporte l’or va ainsi couronner tout un continent.
 
Sylvain Coher "parvient à insuffler à la langue le rythme, la mécanique, les accélérations d’une course de fond, jusqu’au bien-être des endorphines, jusqu’à l’envol final du sprint. Devenu Petite Voix dans la tête du champion, il se coule dans la cadence variable de sa foulée infatigable pour raconter comment grandissent les héros, comment se relèvent les peuples, comment se gagnent les revanches et comment naissent les légendes."
 
Sous forme de monologie intérieur, ce roman à l'écriture exigente n'est donc pas qu'un livre sur le sport, mais également le roman d'une nation.
 
Lu par Anne
 

Les yeux rouges

Myriam Leroy chez Seuil

Les réseaux sociaux sont aujourd'hui le moyen le plus facile pour communiquer avec le reste du monde ou avec son voisin, avec son meilleur ami ou avec un inconnu.
 
Lui, Denis, fait partie de ces gens qui aiment écrire "haut et fort" ce qu'ils pensent, qui le revendiquent comme un acte de courage, cachés derrière un écran d'ordinateur. Elle est journaliste, connue dans le milieu pour ses prises de position.
 
Un jour, Denis décide de la contacter, car il souhaite l'interviewer. Ce sera le début d'une descente dans les enfers du harcèlement numérique.
 
Raconté selon le point du vue du harceleur, nous n'entendrons la voix de la jeune femme que lors de ses rencontres avec les médecins et les personnes à qui elle demandera de l'aide, sans trouver de solution. Avec une tension croissante, ce roman vous prive de voix, vous prend aux tripes, vous révolte, sans que vous puissiez, vous aussi, faire quelque chose.
 
D'un réalisme effrayant !
 
 
Lu par Julie
 

Un monde sans rivage

Hélène Gaudy, Actes Sud

En 1897, S.A. Andrée, Knut Fraenkel et Nils Strindberg décident de partir en ballon au-dessus du Groenland afin de photographier ce pays de glace. Partis à la fin du printemps, ils ne revinrent jamais...
 
En 1930, des hommes découvrent dans les glaces du Groenland les corps gelés de trois hommes ainsi que leurs biens, des pellicules photographiques et des écrits, conservés par le froid.
 
Au XXIème siècle, Hélène Gaudy se rend à une exposition de ces photos développées dans un musée de Copenhague. Elles sont le point de départ de ce roman, dans lequel l'auteure tente de reconstruire l'aventure de l'exploration Andrée, les états d'âme et les choix quotidiens des trois explorateurs danois. Elle imagine également comment Anna, la fiancée de Nils, a vécu le départ puis l'absence de son amoureux. Elle nous conte aussi les rêves fous d'autres explorateurs d'autres époques et d'autres lieux, tous ces hommes et femmes qui ont, grâce à leur ténacité, permis d'incroyables avancées scientifiques et géographiques, parfois aux dépends de leur vie. A partir de quelques documents et dans un style rempli de poésie, Hélene Gaudy émet des hypothèses afin de redonner vie aux trois aventuriers et à un mystère fascinant!
 
Lu par Anne et Solange


Civilizations

Laurent Binet, Grasset

Et si Christophe Colomb n'avait pas réussi à découvrir l'Amérique? Et si, en 1531, les Incas avaient envahi l'Europe? C'est l'idée de Laurent Binet, qui revisite dans la foulée toute l'histoire du XVIè siècle européen.
Quatre parties forment le tout: d'abord, une saga nordique dans laquelle une reine islandaise débarque au Canada. Ensuite, le Journal de bord de Christophe Colomb, qui de fidèle à la réalité se fait imperceptiblement fiction. La troisième partie est celle de l'invasion inca, où vous retrouverez Atahualpa conversant avec Charles Quint, et se faisant des alliés parmi les opprimés de tous horizons afin de combattre les grandes puissances en place. Enfin, Laurent Binet se met dans la plume de Cervantès et lui invente des histoires aussi don quichottesques que possibles.
Si l'on s'épuise quelque peu à lire cette suite de batailles et de mise en place de stratégies militaires, cela n'empêche pas les fulgurances langagières et les inventions historiques cocasses remarquables.
 
Lu par Anne

Création SIP